
Une tite histouère:
En descendant sous l'bachin j'ai r'trouvé mon kin étale
par terre à la quart d'la rue du dauphin.
(en descendant sur les quais du vieux bassin j'ai retrouvé mon
chien allongé par terre au coin de la rue du dauphin)
Il l'tait tellement maqué par les pouêts, qui fallait
l'sortir avec une bérouette.
(Il était tellement mangé par les poux qu'il fallait
le sortir avec une brouette)
J'avais bien essayé d'le balancer à l'iau, pour qu'y
soit trempé nié et qu'les pouets calanchent, mais y'avait
tellement mouc' qu'jarrivais pas à l'crocher.
(j'avais bien essayé de lemettre à l'eau pour le mouiller
afin que les poux meurrent, mais il avait tellement de mouches que j'arrivais
pas à l'attraper).
Vu la position du cabot j'm'ai douté qu'il avait dû se
prendre une mandale dans la gueule: Il avait peut ét' ben tiré
du pésson.
(Vu la posture du chien, je me suis douté qu'il avait
dû prendre un coup dans la gueule: Il avait peut-être volé
du poisson.)
L'écrabouilleur m'l'avait prom'm'ner mort kat ou chin fois,
mais à force de'bérailler et d'se mort ivrer, y pouvait bien
faire parti du club des menteux de d'ssous l'quai.
(Le grand Yann me l'avait déja annoncé mort quatre ou
cinq fois, mais à force de boire et de se rendre ivre, il faisait
parti des menteurs.)
- "faut que j'te cause , qu'y m'fait ..."
(faut que je te parle, me dit-il)
-"Ton kin est raide étale... J'crois ben qu'cette fois c'est
la bonne ..."
-"por ti kin ..." qu'j'y fais, " l'avait peu de rin... Y gambadait
derière les vacs... Y sortait dehors pour monter en haut d'la rue
haute comme de rin..."
vl'a ti pas que j'me mets à chialer d'vant mon kin !
à crère qu'mon kin était pas meurt: Y s'met à
branler d'la queue !
J'étais tellement heureux d'retrouver mon kin, qu'j'étais
quitte à payer une tournée chez Bouche.
I faîchissait à Ratrets une heure après avoir passé
la bouée blanche y avait un vent à deux ris , le batiau
prenait la mé de d’bout et y’avait bien deux mèt' chinquante
de creux . Ca f'sait trois jours qu’i y’avait une furie d’norouêt
et on pêquait que d’la pianteur . J’étais vidé comme
un bulot ....
j’aurais bien mis bas sous la bouée rouge mais y’avait
des montagnes d’iau dans l’tit su’ .
Mes pieds étaient niyés , j’avais au moins chinquante litres d’iau dans mes bottes . Ah ! la position !
En plus , j’avais beau r’mette chent tours au moteur , j’avançais pas . Si j’avais mis d’la composition , j’irais plus vite qu' cha mais j’avais prévu d’ grimper à la cale qu’à la Pentecôte .
I faisait rien frais pour un mois de Mai , i gelait à pierre fendre mais c’était quand même mieux que d’la brume à couper au coutiau , surtout que mon radar était à moitié escofié.
Mon matelot avait fré aux gambes mais pas à l’estomac
avec le rhum qu’i s’envoyaît , i démouillait pas ! Il était
rôti tous les jours , il avait toujou l’ralet.
Quand i m’ramontait chez nous avec son auto , i tirait toujou
des bords . Il avait cassé son pare-chocs un jour qu’i battait en
arrière su’l’parking des pêqueux , il avait pas vu une plancarte
. I veillait à sa barre que quand i voyait le gyrophare de la police
et alors , i faisait du Scott aux autos qui v’naient en face.
Revenons à notre batiau .
I l était temps de faire route . En passant devant l’reurt
j’mets bas et j’remonte dix kilos de crevettes tout rique
. . . pas de la criblure . . .
Tout d’un coup , mon matelot se met à brailler .
“ Qui qu’y a aco li ? “ que j’dis .I s’était piqué l’tit dé avec une régache . Ah ! que cha comme erreur ! j’croyais qu’i s’était pris la gambe dans l’treuil .
Après l’pieu d’Pennedepie , i nous restait bien une heure de route pour rentrer à Honfleu . Y’avait tellement d’mé qu’j’avais peu d’me retrouver à la cave avec ma chaloupe qu’était à moitié blêque .
Enfin , en arrivant à la brèque sous une enclaircie , J’envoie un coup de bigorneau :
“ Es tu pa là le SAS ? “
et dix minutes après , me v’là rentré . On croise
deux yakmanes dans l’avant port .
“ I sont pas rien fos d’sorti par un temps pareil , i sont pas
arrivés au bas d’la route avec du norouêt , une marée
d’quatre vingt-deux et des gouttes d’iau grosses comme des pièces
de chent sous .”
“ Ah ben oui ! boujou la déroulade . . . “
Bon , i nous reste plus qu’à débarquer les crevettes , trois quatre mélans et des careignes .
Après , j’vas m’déraler pour monter à la cale ; i faut que j’mette de la composition et vérifier mes bordés pasque l’aut’coup , la houache d’une vapeur m’a envoyé su la digue à la balise du milieu en aval de la bouée qui ferme un oeil.
Bon ben , c’est bien . Me v’là parti , j’rentre chez nous
si j’veux pas mâquer à la table qui r’cule . . .
BOUJOU